La Collection Auditions



Cette collection, produite par le Studio Pygmalion et dirigée par Jean-Michel STEINFORT, réunit plusieurs films courts d’une unique séquence diffusés dans le désordre sur le net. Quelques-uns sont donc déjà en boite, quelques autres, sont certainement en train d’être réalisés.
Ces AUDITIONS sont celles auxquelles procède d’ordinaire la police lorsqu’une plainte lui a été portée. Des fictions dans lesquelles "toute ressemblance avec des faits ou des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence… ou presque !" Oui, nous nous sommes parfois inspiré de la réalité et des gens qui s’y trouvent… Et il se trouve de quoi faire !

BALADE EXPRESS

Durée de la pièce : 1h15
Texte et Mise en scène : JEAN-MICHEL STEINFORT
Distribution : XAVIER BERLIOZ, BRUNO GUILLOT, ERIC DESRÉ


LA TRIBUNE – LE PROGRES / Fabienne Mercier

Un huis clos bouleversant.
Samedi, avec Balade Express, la saison culturelle s’est poursuivie par une étrange cavale aux côtés de trois paumés attachants, englués dans le sordide et la déveine. Ils étaient incarnés par trois comédiens frappants d’humanité : Bruno Guillot, Eric Desré et Xavier Berlioz. La pièce bénéficie d’une mise en scène sobre et rigoureuse, à mettre à l’actif de l’auteur du texte Jean-Michel Steinfort.

Samedi, les spectateurs rassemblés à l’Espace culturel du Monteil ont vécu un beau moment de théâtre avec Balade Express.
Certes, il s’agissait d’un huis clos globalement poignant, mais suffisamment corrosif pour ne pas engendrer l’ennui. Balade Express embarque le public dans l’univers poisseux de trois paumés de haut vol, englués dans la déveine, empêtrés dans leurs contradictions existentielles.
Trois personnages typés, campés par des comédiens parfaits, Bruno Guillot, Eric Desré et Xavier Berlioz, de vraies gueules comme on les aime, servent avec bonheur le texte de Jean-Michel Steinfort à qui l’on doit également la mise en scène dépouillée.
Il y a Noël, l’innocent. C’est indéniablement le plus attendrissant du trio, le plus jeune aussi. Il a grandi à l’ombre de Maxime à qui il voue une admiration infinie, à la manière d’un cadet envers son aîné. Maxime, la quarantaine, vit toujours chez sa mère, solitaire, égoïste et tellement lâche. Tous deux habitent dans la région et vivotent dans cette misère banale qui ferme l’horizon. Ils font la connaissance d’Antoine, arrivé depuis peu dans le secteur pour travailler et qui a perdu rapidement son boulot. Antoine, rebelle, violent et épris de revanche, les entraine dans le braquage d’un bureau de poste qui va mal tourner.
Lorsque l’intrigue démarre, les trois hommes viennent de se réfugier dans la maison de l’amie d’enfance de Maxime, Gisèle, institutrice absente de chez elle. Le huis clos peut alors débuter dans cet espace étouffant propre à révéler les forces et les faiblesses de chacun de ces grands enfants aux rêves définitivement froissés dont le destin est irrémédiablement lié, envers et contre tout. Angoisses et espoir alternent.
La violence s’exacerbe, heureusement allégée par des effets comiques fréquents. C’est crû, drôle et inquiétant tout à la fois. Le jeu profondément humain des comédiens fait merveille et il est bien difficile de ne pas penser à l’univers de Jacques Brel à chaque détour de phrase. La critique de notre société qui ne ménage pas les faibles et les marginalise souvent, s’inscrit en filigrane autorisant une lecture plus militante de cette cavale fatale.


LE PARISIEN / FLORENCE STERG

C’est la poisse qui incite Antoine, Nono et Maxime à tenter l’aventure sous la forme d’un hold-up. Mais le fric-frac improvisé par les trois apprentis voyous tourne vite en eau de boudin. Les compères en fuite se retrouvent en deux temps trois mouvements en planque.
La peur au ventre, les uns voient rouge, les autres sont rongés par le remords. Pas de doute, la poisse les a rattrapés ! Ecrite et mise en scène par Jean-Michel Steinfort, la pièce évoque au second degré l’affrontement du bien et du mal. C’est crû, parfois drôle, inquiétant. Cerise sur le gâteau, vraies « gueules », les trois acteurs jouent le registre des rapports de force avec brio. Corrosif et traversé de traits d’humour, le huis clos ne laisse pas s’installer l’ennui.


OSF - RUMEURS D'HUMEURS / SANDRINE VAUCLIN

Bouleversante balade ! Considérez d’abord les trois personnages : ils rêvaient de sortir d’un quotidien fade et engluant, d’échapper à une vie morne, à un destin misérable... Considérez ensuite la situation : liés, envers et contre tout, par ce braquage qui a mal tourné, les voilà plus vulnérables encore et les nerfs à vif... L’espace enfin : une maison, l’une de ses pièces, comme une boite qui peut préfigurer déjà la cellule de prison, dans laquelle les trois hommes acculés ont trouvé un refuge précaire. Là s’ouvre la pièce et commence l’attente et l’espoir d’une issue.


C’est un huis clos admirablement interprété, plein de vie, de peurs, de doutes au cours duquel la tension ne cesse de monter grâce à des acteurs sous pression. Et bientôt le spectateur, afin de relâcher un peu de cette pression contagieuse, se met à rire... Car, il faut bien l’admettre, cette pièce est à mourir de rire... Oui, le drame est bien là et fonctionne comme il se doit pour faire vivre le bouleversement et l’humanité des trois personnages, mais ces trois là - avec leurs forts caractères et cette poisse qui ne veut pas les lâcher - sont irrésistibles. Sous le couvert d’un drame mêlé donc de comédie, la pièce de Jean-Michel Steinfort offre une critique en filigrane de notre société où le chômage - et le manque de considération qu’il provoque - pousse les plus faibles (Maxime et Noël) dans les bras des plus révoltés (Antoine) et, embarqués sur ce radeau de malaise social, ils en arrivent à des recours extrêmes pour tenter d’échapper à la fatalité. Bravo donc pour cet auteur qui signe aussi une mise en scène efficace et merci aux trois acteurs remarquables qui l’ont accompagné dans cette balade qui, je l’espère, sera longue.

CAMPUS MAG / ÉMILIE DEBÈS

Antoine, maxime et Nono voulant fuir vers le soleil décident de braquer le bureau de poste du coin. Mais quand on a la poisse… et qu’on est des petits gars pas franchement ambitieux ni très malins… on panique et le banal braquage tourne au tragique : un homme est abattu. Ils s’enferment alors dans une planque où commencent l’attente… une planque dont nous savons qu’ils ne sortiront pas indemnes.
Ce huis clos, forcément étouffant, va révéler les forces et les faiblesses de ces grands enfants dont les rêves se sont froissés trop vite. Les alliances dans le trio vont se modifier au fur et à mesure que la patience s’effrite. Heureusement, un peu d’humour vient alléger toutes ces rancoeurs.
Une pièce intense, dépouillée dans sa mise en scène, à voir pour sentir « du profondément humain ».

PARISCOPE / MARIE-CELINE NIVIÈRE

Leur vie n’était pas d’une grande réussite, leur fin ne le sera pas. Trois tordus ont cru réaliser le casse du siècle… Cela se solde par un mort et une cavale… Somme toute rien de surprenant… Mais la pièce de Jean-Michel Steinfort est originale. Il a très bien su croquer ses trois personnages, leurs caractères, leurs défauts, leurs échecs… Quant aux comédiens, en plus d’être de sacrées « gueules », ils ont beaucoup de talent. Une Balade qui mérite le détour.


IDFM / ALEXANDRE LAURENT

Balade Express nous emmène et nous promène dans l’univers poisseux de trois paumés. Maxime et Noël habitent dans la région et vivotent ; ils font la connaissance d’Antoine, arrivé depuis peu pour travailler et qui a perdu rapidement sa place.

C’est lui qui va les entraîner dans le braquage d’un bureau de poste qui va mal tourner. Lorsque la pièce débute, les trois hommes viennent de se réfugier dans la maison de l’amie d’enfance de Maxime, institutrice absente de chez elle.
La situation est dramatique, mais les personnages sont des personnages de comédie, c’est à dire des “Caractères”, ils vont nous dévoiler, chacun à leur tour pendant ce huis-clos, leur humanité. Antoine (le rebelle), Maxime (le lâche), et Noël (l’innocent), sont superbement interprétés. Ils nous font sourire, rire et nous émeuvent d’un instant à l’autre.
Le texte de Jean-Michel Steinfort est précis, moderne, efficace. Quant à la mise en scène, sobre et rigoureuse, elle sert ce texte et le jeu profondément humain des comédiens.


LA GAZETTE DE LA HAUTE-LOIRE / Lionel Ciochetto

Ce devait être une balade…
Un braquage qui tourne au drame et trois compères qui perdent les pédales… Une superbe interprétation qui était à l’affiche samedi soir à l’espace culturel du Monteil.
Balade Express, c’est le titre de la pièce joué samedi soir par la compagnie Moanine Circus dans le cadre de la saison culturelle.
La scène se déroule dans la maison d’une institutrice de village absente de son domicile. C’est là qu’on trouvé refuge Maxime, Antoine et Noël dit Nono. Ils attendent Gisèle pour lui « emprunter sa voiture » et tenter de fuir après le braquage manqué du bureau de poste de Villeneuve. « Gigi » est une vieille connaissance de Maxime qui en est secrètement amoureux.
Les trois compères sont plongés dans une attente où la situation semble vouloir dégénérer à chaque instant. Les excès de violence d’Antoine, qui a déjà tué un vigile, n’arrangent rien. Maxime craque le premier, bientôt rejoint par Nono, l’ultra-sensible du groupe. Plus tard’ Antoine s’en prendra violemment à un promeneur dont on ne sait pas ce qu’il est devenu dans la cave de la maison…
On s’inquiète, on s’interroge et finalement, on finit par rire de cette situation sans issu pour ces trois galériens qui cumulent les bourdes. Le jeu des trois acteurs est tout simplement somptueux et ne laisse aucun répit au spectateur, même si tous n’ont pas ris aux éclats devant, parfois, tant de violences et de dérisions.




La nuit où Larry Kramer m'a embrassé


Compagnie : MOANINE CIRCUS
Durée de la pièce : 1h10
Texte : DAVID DRAKE
Traduction et adaptation : LAURENT LE BRAS
Mise en scène : XAVIER BERLIOZ, JEAN-MICHEL STEINFORT
Distribution : LAURENT LE BRAS



L'INTERNAUTE / TIJANI SMAOUI
Photos jaunies, vieilles pierres et fauteuils de brocanteurs. Il flotte comme un parfum de secret et de nostalgie dans cette petite salle du théâtre des Déchargeurs. Une cave du Marais, un lieu propice aux confessions les plus intimes. Pendant une heure, un homme seul va vous crier l'homosexualité. De la découverte à l'amour, du rejet à la maladie, ce personnage absolument quelconque raconte de petites tranches de vie. De sa propre existence bien sûr, c'est à dire celle d'un homosexuel américain qui a traversé les années 70 et 80, mais par la même, de toute une communauté. Le spectacle prend aux tripes parce que les neuf saynètes ont quelque chose de très personnel, de très anecdotique, et parce qu'au-delà du parcours individuel, on sent vibrer tout un pan de l'humanité.
Au travers du prisme homosexuel, David Drake, l'auteur de la pièce renvoie une image étrange et douloureuse de l'Amérique, et du rêve américain. La liberté ? Tu parles... Ah bien sûr, il y a eu San Francisco et l'apparente allégresse des années 70. Mais pour le bon peuple, chantonner YMCA n'a jamais signifié la tolérance. Non, ce qu'on retrouve, ou ce qu'on découvre dans cette pièce, c'est l'Amérique de Stonewall, le mythique soulèvement gay de 1969. Ce sont les doutes et les épreuves, de ces hommes à la sexualité "différente". C'est la naissance aussi d'une identité et la proclamation de la fierté gay. Et bien sûr le SIDA, venu les frapper dans l'indifférence générale, alors qu'ils croyaient enfin respirer. (...) Le sujet est grave, c'est certain, mais ne croyez pas que le spectacle soit pesant. Non, il exhale simplement l'humanité. Même quand le personnage hurle sa rage, on reste subjugué face aux mots forts, mais jamais mal à l'aise. L'auteur restitue l'air d'un temps difficile, mais il évite le pathos et quand il caresse des stéréotypes, c'est avec une autodérision et un humour qui détendent l'atmosphère. La mise en scène de Xavier Berlioz et Jean-Michel Steinfort est superbe. Ici, ni décor ni artifices, mais des jeux de lumière et de musiques qui plantent subtilement la scène, dans la pénombre d'une église, dans une salle de gym ou dans la fièvre malsaine d'un bar gay. La performance de l'acteur - Laurent Le Bras - est remarquable. Tout au long de ce monologue, ou plutôt de ce one man show de 65 minutes, Laurent Le Bras passe sans cesse d'un registre à l'autre. Touchant et souvent drôle lorsqu'il évoque l'enfance, les poupées Barbie et les Village People. Comme enragé lorsqu'il est question du rejet. Poignant, quand il songe au SIDA et à la disparition des amis. Oui, c'est vrai, ce texte est grave. Violent et cru par moments, poétique et léger à d'autres, il est magnifiquement servi par son interprète. Qu'ajouter, sinon que nous avons eu un vrai coup de coeur pour cette pièce. Elle parle à nos consciences, d'amour et de droit à la différence. Des sujets qu'on ne saurait cantonner à une thématique gay.